A Time of Gifts - Patrick Leigh Fermor

J’ai découvert la randonnée assez tard, mais les deux dernières que j’ai effectuées m’ont donné le goût de persévérer. Que cela soit en Thaïlande ou au Japon, j’ai pu apprécier cette forme de voyage. Contrairement à la voiture, ou même au vélo, la marche est assez lente pour prendre le temps de voir les choses, de remarquer les petits détails qu’on manque quand on utilise un moyen de déplacement plus rapide. Ce n’est pas que pour l’extérieur qu’on en bénéficie, il y a une sorte d’ennui qui s’installe et qui est propice à la réflexion, à la méditation.

On peut dire que Patrick Leigh Fermor a eu du temps pour réfléchir. Son ouvrage est la première partie d’une randonnée à pied à travers l’Europe. En 1933, à l’âge de 18 ans, il a décidé de traverser le continent pour rejoindre Constantinople (Istanbul) en une année. Il est issu d’une famille de la classe moyenne aisée, son père travaille pour ce qui est encore l’Empire britannique, sa famille vit en Inde, lui est resté en Angleterre dans une famille d’accueil puis en pension. Il a dû mal à rentrer dans le moule à l’école, la discipline est un problème. Il part en décembre 1933 en prenant un bateau depuis Londres vers Rotterdam.

Le niveau de vocabulaire est assez élevé, on voit qu’il a une très bonne éducation classique. Ce n’est pas rébarbatif mais heureusement que j’ai pu me reposer sur le dictionnaire du Kindle, surtout pour les descriptions de monuments, châteaux ou encore les différentes espèces d’oiseaux qu’il rencontre.

Il traverse l’Europe mais aussi l’histoire. Les nazis viennent d’arriver au pouvoir en Allemagne, il rencontre leurs milices dans les villages mais aussi les citoyens opposés au pouvoir, c’est encore un temps où on ne sent pas menacé si on n’adhère pas au mouvement fasciste. Son récit est celui d’un jeune homme, intéressé par la politique, mais qui est aussi un peu en dehors du temps et des préoccupations quotidiennes.

Il dort dans des auberges, des granges, au gré de la bienveillance des gens qu’il rencontre. C’est étonnamment facile de pouvoir trouver un logis. Il profite aussi d’un système qui permet à des jeunes voyageurs comme lui de pouvoir demander nourriture et hébergement pour une nuit via le maire d’une paroisse. C’est aussi surprenant de pouvoir traverser les frontières, on lui pose peu de questions.

Il y a un petit côté suranné dans son récit, il a un bon réseau de connaissances via sa famille et amis anglais. Ce sont pour la plupart des bourgeois bien placés. On a parfois l’impression d’être dans un épisode des Aigles foudroyés surtout que nous sommes quelques années après la dislocation de l’empire Austro-Hongrois avec la formation de la Tchécoslovaquie. Ce voyage lui permet aussi de grandir, on a l’impression d’assister à son passage vers l’âge adulte. Il le reconnaît notamment quand il passe quelques jours chez un baron hongrois, qui joue le rôle de mentor. Ce sont ces passages qui sont les plus intéressants, c’est un fin observateur et il a le contact facile. La rencontre, par hasard, avec deux adolescentes à Stuttgart qui finissent par l’héberger puis l’invitent à une soirée donnée par un sympathisant nazi est un bel exemple d’aventure hors des sentiers battus.

Cela m’a donné envie de continuer à faire des randonnées mais aussi de visiter l’Europe centrale que, après avoir lu ce récit, je connais finalement mal.

On peut voir sur ce site internet la route suivie par l’auteur.

A Time of Gifts- Patrick Leigh Fermor
A Time of Gifts- Patrick Leigh Fermor

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