Notes de lecture du livre Dust de Jay Owens

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Le livre de Jay Owens fait partie de ces ouvrages qui vont rester avec moi bien longtemps après que j’ai fini leur lecture. Non seulement le sujet est complexe mais c’est surtout qu’il m’a fait (et continuera) réfléchir.

Oui, on peut écrire plus de 300 pages sur la poussière sans être ennuyeuse. L’auteure anglaise a publié à partir de 2016 une série d’articles sous forme de newsletter sur ce même sujet, Disturbances.

La poussière est partout mais pourtant invisible à nos yeux. L’objectif du livre est de rendre plus explicite sa présence, ses origines et les effets, dévastateurs, sur notre écosystème. Mais ce drame n’est pas irrémédiable, il y a une voie pour restaurer et réparer sans tomber dans la nostalgie d’une nature parfaite sans humains ou la technocratie « solutionniste ».

Il y a 10 chapitres qui examinent différents aspects de cette matière. On commence peut-être par le plus évident, la poussière sous forme de particules qui sont issues des fumées des usines aux charbons dans l’Angleterre du 16ème siècle au milieu du 20ème siècle. Le charbon anglais, « seacoal », était de mauvaise qualité, il contenait beaucoup de sulfure, d’où une odeur désagréable dans la ville. Il est utilisé non seulement pour les industries mais aussi pour le chauffage et la cuisine. Il est très attrayant car le bois devient une denrée rare. Au 19ème siècle on commence à comprendre les effets néfastes sur la santé en plus des défauts esthétiques (la couleur des bâtiments).

La plupart des chapitres est dédiée à des zones du monde qui ont connu les effets de l’intervention humaine sur les cours d’eau qui assèchent des lacs dit « terminaux » (qui ne se versent pas dans la mer). Ces étendues d’eau asséchés sont alors le dépôt de sels et autres matières chimiques drainées dans les rivières qui deviennent poussières et se lèvent à l’occasion de tempête de vent.

On va en Californie dans la vallée d’Owens dont le principal lac a été asséché au profit d’un aqueduc pour la ville de Los Angeles (construit sous la supervision de l’ingénieur Mulholland) et des spéculateurs immobiliers. On part ensuite dans le « Dust Bowl » dans l’Oklahoma et le Kansas où un épisode pluvieux durant plusieurs années et la spéculation du début du 20ème siècle a transformé une région sèche en champs de céréales pour être dévastés ensuite par de véritables tempêtes de poussière qui enterrent tout sur leur passage (au point que le bétail meurt étouffé). On assiste aussi à la surexploitation agricole des champs de coton autour de la mer d’Aral en Ouzbékistan. L’ère soviétique a eu un effet aussi catastrophique que celui des céréales dans les Grandes Prairies des USA. Dans chaque exemple, les impacts sur la santé des habitants au long terme sont importants : cancers, difficultés respiratoires, etc.

La poussière a aussi un aspect social avec sa gestion dans la maison. Elle ne posait pas trop de problème quand les ménages ne possédaient peu de meubles mais elle est vite associée aux tâches ménagères que doivent remplir la femme modèle d’après-guerre. On associe la poussière avec les germes qui sont à l’origine de maladies transmissibles. La poussière est chargée de sens politique avec les essais nucléaires par les grandes puissances. Aux USA, ces essais ont été entrepris dans des régions habitées par des éleveurs et autochtones sans qu’ils ne soient mis au courant des dangers. Même les militaires présents sur les bases n’étaient pas adéquatement protégés.

La poussière est enfin un grand témoin, on l’utilise pour dater et investiguer le passé lointain. Les poussières se chargent de particules comme ceux provenant de l’éruption de volcans, de la fabrication de monnaie dans les temps antiques. Ces particules sont transportées par les vents pour ensuite se déposer sur des régions comme le Groenland où elles sont recouvertes par la neige. On creuse alors des carottes qui nous permettent de remonter jusqu’à 2.7 millions d’années. La poussière permettant alors de découvrir les conditions climatiques du passé.

Les explications de Jay Owens sont très claires, c’est un sujet complexe mais la vulgarisation scientifique est bien faite. Elle ne reste pas sur une description froide des processus, elle a clairement une empathie pour la multitude de personnes qu’elle a rencontrées aux quatre coins du monde et qui souffrent de cette indifférence sur leur sort.

Les derniers chapitres ont bien raisonné avec moi. On comprend qu’on a encore du mal à modéliser la relation de la poussière dans notre écosystème global. L’exemple du sable du Sahara chargé de diatomées et son phosphore qui alimentent non seulement les algues de l’océan atlantique qui se chargent de CO2 mais aussi la forêt amazonienne est impressionnant.

C’est ici que le message du livre est important pour moi. Il y a une limite dans nos connaissances, cela ne nous empêche pas de devoir les améliorer pour supporter au moins le processus mais il y aussi une part qu’on ne peut totalement comprendre et qu’il faut laisser faire. On revient à la fin du livre à Owens où depuis 20 ans l’agence de l’eau de Los Angeles a été obligée de mitiger les effets de la sécheresse du lac. C’est un succès mais cela ne règle pas tous les problèmes. On remarque que par contre quand la saison des neiges est bonne alors la nature, l’écosystème arrive à reprendre le dessus pour un peu que nous lui laissions la chance.

Les effets non linéaires, les boucles de rétroactions sont tellement complexes que les solutions purement technologiques ou déterministes comme planter des arbres atteignent vite des rendements décroissants. Mais on sait une chose, il faut laisser l’écosystème se réparer tout seul et l’absence de l’eau qui entraîne l’apparition de poussière est une des sources de beaucoup de problèmes.

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