Les aventures d'un tee-shirt dans l'économie globalisée - Pietra Rivoli

teeshirt J’ai déjà lu plusieurs livres sur l’économie globalisée mais celui-ci aura définitivement une place à part. Comme il est difficile de tenir une position sereine dans un débat politique droite-gauche, il est toujours délicat d’avoir un peu de recul sur des questions comme le commerce international quand on se dit “de gauche” tant le débat a été caricaturé. C’est d’une constation similaire qu’est parti Pietra Rivoli, professeur d’économie, face à ses étudiants qui manifestaient contre les multinationales et les institutions internationales du commerce lors des conférences comme celle de Seattle en 1999.

Le professeur d’économie a donc quitté son labo pour faire une étude de terrain pour appréhender le commerce international dans sa pratique quotidienne et elle a choisi un bien très commun et qui symbolise bien les relations commerciales entre pays développés et pays en voie de développement : un tee-shirt. Sa première surprise fut d’apprendre de l’importateur chinois que le coton qui a servi à fabriquer le tee-shirt (acheté dans une boutique de souvenirs en floride) provient des Etats-Unis. Ce dernier est devenu le premier producteur et exportateur mondial de coton depuis le XIX siècle. Comment ? En évitant les processus naturel des marchés : la culture du coton nécessitait une main d’oeuvre abondante et disponible tout le temps : l’esclavage et d’autres techniques issues de la politique d’immigration ont permis aux fermiers de rester compétitif. Puis la recherche technologique aidant la culture est devenue très capitalistique et a permi d’éviter les aléas climatique.

La prochaine étape (le passage de la matière première au produit fini) passe par la Chine. L’auteur introduit le concept de la “course à l’abîme” : la délocalisation de la production vers des pays à main d’oeuvre peu chère et exploitée. C’est cette course qui est souvent au centre des débats médiatiques. Mais dans un long chapitre on apprend que ce n’est pas n’importe quelle main d’oeuvre qui est utilisée. Les femmes constituent de tout temps une main d’oeuvre docile et productive : depuis la révolution industrielle anglaise en passant par le développement de la Corée du sud ou du Japon pour arriver aux sweatshops de Shangaï. Toutefois pour sordide qu’elle soit cette exploitation a vu en parrallèle un double mouvement s’amorcer : la libéralisation de la femme et l’éveil de revendications pour de meilleures conditions de travail. Car les travailleuses rencontrées ont souvent la même motivation : échapper à la vie beaucoup plus dure de la campagne. Non seulement du travail que nécessite la subsistance dans ces contrées mais aussi de la domination familiale qui régit leur vie et notamment leur mariage. Et puis c’est dans l’industrie textile qu’est né le mouvement sur les conditions de travail. C’est ici que le travail des militants alter-mondialiste est le plus efficace. En lieu et place d’éliminer les sweatshops et renvoyer à la ferme ces ouvrières, la pression exercée sur les marques internationales et organismes derégulation pour inclure des clauses sur les conditions de travail est bénéfique. L’auteur nous parle aussi de la complexité des lois sur le commerce de textile qui ont été devéloppées au cours des différents “rounds” de l’organisation internationale du commerce à travers la rencontre de lobbyistes américains. Au final ce marché n’est plus un marché au sens économique mais un labyrinthe de réglémentations où le sens commun n’a plus lieu. Les pays frappés de quotas voudraient les conserver car la Chine qui a délocalisé vers eux certaines activités pourrait les rapatrier si les quotas venaient à disparaître.

La dernière partie est peut-être la plus inattendue et la plus symbolique car elle traite du marché des vêtements d’occassion. Ce marché est attaqué car il symbolise pour beaucoup la cupidité de l’occident et sa domination. Mais en rencontrant les acteurs de chaque côté (à New York dans une entreprise familiale et en tanzamie sur le marché des mitumba) on se rend compte que c’est peut-être le marché le plus efficace : un nombre d’acteurs important qui interdit toute influence, une information parfaite. L’objectif de ce marché est de trier et de connaître les bons vêtements d’occassion (ceux qui vont plaire, ceux qui sont adapté au marché africain …) des mauvais qui termineront comme chiffon dans des usines. Le voyage en Tanzanie est  révélateur : les habitants ne s’habillent pas en vêtements d’occassion pour imiter l’occident en mendiant ses vêtements. Non au contraire, comme un peu partout dans le monde, on aime s’habiller et chercher la perle rare. Voilà un moyen de distribution très efficace (et notamment plus efficace que l’aide directe qui est souvent détournée ou mal adaptée).

On apprend beaucoup de choses dans ce voyage pour suivre ce tee-shirt. Mais surtout, et l’auteur l’a bien vu dans les interviews effectuées dans le dernier chapitre, c’est l’histoire d’une coopération internatonale : le commerce. Au lieu de combattre cette entité très floue qu’est le marché internationale, l’auteur conseille à ces mêmes étudiants qui manifestent contre l’OMC de militer politiquement car on l’a vu souvent c’est un détournement du fonctionnement des marchés qui conduit aux exploitations. En ce sens les dernières prises de conscience sur les conditions de travail comme préalable à l’ouverture des marchés est une bonne chose.

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