The Penguin History of Modern Vietnam - Christopher Goscha


Couverture du livre

Étant féru d’histoire j’écoute des podcasts comme Revolutions et de temps en temps j’achète un livre sur l’histoire d’un pays. Je choisis des pays moins connus que les grands empires pour diverses raisons. Premièrement pour éviter de me retrouver dans la lecture d’un pavé pendant plusieurs mois. Et puis cela permet souvent d’en apprendre plus sur une région du monde au lieu de se concentrer sur un seul pays.

Dans le cas du livre de Christopher Gosha, ce récit sur le Vietnam m’a permis ainsi d’en connaître plus sur la France socialiste du début du XXème siècle, la Chine impériale et la formation de sa république, le Japon comme puissance régionale indépendante de l’Occident et les pays voisins comme la Thaïlande, le Cambodge et le Laos.

L’emergence du Vietnam moderne

On est familier avec la forme géographique du pays en S qu’il a prise progressivement. Bien que conquis par des puissances étrangères, l’empire vietnamien était aussi un pays colonisateur.

La partie Nord était sous l’influence de la Chine impériale qui voyait dans le Tonkin un delta propice au commerce et à l’agriculture. Au 10ème siècle commence la première indépendance, et après une seconde invasion chinoise contenue, l’expansion vers le sud et l’ouest est entamée au 14ème siècle. L’influence du confucianisme amené par les voisins du nord est forte et mets à l’écart le bouddhisme traditionnel.

S’en suit des guerres internes, le Vietnam est alors séparé en 3: - le sud avec le delta du Mekong qui connaît des influences très variées (Cham, hindouisme, islam, khmers et quelques missions catholiques expulsées du Japon) - le centre autour de Hue - Le nord avec le delta du Tonkin

Au début du XIXème siècle Gia Long arrive à unir le Vietnam. Son fils, Minh Mang, va continuer la centralisation en se basant encore plus sur les mandarins issus du système éducatif confucéen. Les minorités sont intégrées de force. Des tensions apparaissent notamment avec les religieux occidentaux qui apportent leur soutien aux mouvements de protestations contre le pouvoir central. La France profite de cette répression pour intervenir.

La période française

La France de Napoleon III envahit le Vietnam en 1858 et sépare le pays en 3 pour le réunir ensuite sous le nom d’Indochine à la fin du XIXème siècle. Le pays devient une vraie colonie avec de lourdes taxes sur l’opium (qui fournit 20% du budget), l’alcool et le sel.

Durant la première guerre mondiale 90 000 vietnamiens sont envoyés en France pour travailler en usine et fournir la main d’œuvre manquante partie au front.

Une partie de la population, des conservateurs, réclame plus de libertés comme le droit de vote mais pas un suffrage universel. Ce sont principalement des commerçants et professions libérales qui vivent en milieu urbain et qui envoient leur enfants en France. Les « vrais » nationaliste s’exilent vers la Chine mais aussi vers le Japon qui est à cette époque un modèle pour les mouvements indépendantistes de la région. D’autres se tournent vers le modèle républicain français pour trouver des solutions à la corruption rampante sous la monarchie et de son système basé sur le confucianisme. Beaucoup d’hommes politiques français socialistes aux idéaux égalitaires pour leur pays et leurs concitoyens ont “bizarrement” un angle mort quand il s’agit des colonies.

Pour soutenir les plantations de caoutchouc, la France finance des travaux d’infrastructure. Les conditions de travaux sur ces exploitations sont extrêmement dures.

Les guerres d’indépendance

Bien sûr le livre aborde les deux guerres d’indépendance, d’abord avec celle contre les français qui se termine avec la fameuse bataille de Diên Biên Phu en 1954 puis celle contre les USA qui soutiennent le régime nationaliste du sud. Enfin le conflit moins connu avec ses voisins du Cambodge et de son allié, la Chine.

Ho Chi Minh

Fils d’un mandarin déchu né en 1890 il part comme cuisinier sur un navire français et voyage vers la France, New-York et Londres. En France il fréquente la communauté de vietnamiens exilé mais aussi celle des algériens, chinois et malgaches. Comme beaucoup de ses compatriotes, il est déçu du double discours des socialistes français et profite de la naissance du Parti Communiste Français en 1920 pour épouser une thèse plus révolutionnaire.

Il voyage à Moscou et après en Chine à Guangzhou où il y a beaucoup de Vietnamiens. Il va après en Thaïlande, Singapore et Hong-Kong où il fonde le Parti Communiste Indochinois indépendant du PCF. Il va aussi aider les militants locaux à démarrer leur partis, il acquiert ainsi une stature dans le mouvement communiste international.

Au Vietnam les Français suivent une ligne de plus en plus dur, avec beaucoup de prisonniers politiques et des répressions sanglantes. Même si il y a une certaine détente avec le Front Populaire les français n’agissent jamais sur leurs promesses de réformes faites au fil des années.

Après la seconde guerre mondiale, la confrontation avec la France

Durant la seconde guerre mondiale le Japon occupe la pays mais laisse le régime français de Vichy en place. À la sortie du conflit Ho Chi Minh en profite pour déclarer l’indépendance à Hanoi le 2 septembre 1945 aidé par les nationalistes avec qui il fait front commun.

La France reprend le contrôle du pays au sud. Le nord est protégé par les alliés chinois, républicains nationaliste. Ceux-ci se retirent et les communiste d’Ho Chi Minh se débarrassent alors de leurs alliés nationalistes. La France profite de cette purge pour intervenir. Le premier conflit armé du Vietnam commence. La France internationalise le conflit en demandant l’aide matérielle et financière américaine. Cela ne suffira pas et en 1954 est signé une convention qui sépare le pays en deux au 17ème parallèle. Au nord la république démocratique du Vietnam des communistes et au au sud la république du Vietnam.

Après 1954, les deux Vietnams qui s’affrontent

Au nord comme au sud, les deux camps sont des régimes autoritaires qui imposent leurs réformes sur les paysans qui en pâtissent. Au nord avec des plans centraux qui imitent ceux de Staline ou Mao. Ils sont si catastrophiques que le Parti Communiste doit s’excuser publiquement. Au sud avec le régime nationaliste de la famille Dieu qui prend l’aide financière des américains mais n’écoutent pas leur conseils de réforme agraire et là aussi aliène la population. Le régime de Dieu est tellement mauvais qu’il est renversé avec le soutien des américains en 1963. Les communistes en profitent pour renforcer leur guérilla dans le sud et positionner des militaires. On connaît la suite, un enlisement et une guerre qui se termine en 1975 avec la chute de Saïgon et la défaite américaine.

Les années 80, l’isolation du pays

Le Vietnam, le Laos et le Cambodge partagent beaucoup mais les deux derniers ont peur de leur voisin surtout que beaucoup de cadres de leur administration publique sont d’origine vietnamienne. Le Cambodge s’aligne sur la Chine et provoque des attaques dans le sud. Le Vietnam se rapproche de la Russie après que la Chine normalise ses relations avec les USA sous l’administration Nixon. Le pays reçoit beaucoup d’aide économique et militaire de l’URSS, jusqu’à devenir une des 5 plus grosses armées dans le monde. Le Vietnam envahit le Cambodge en 1980 et place son gouvernement. La Chine rentre au nord du Vietnam mais se retire après un court conflit qui reste toute de même meurtrier. Avec Gorbatchev et la normalisation des relations sino-russe le Vietnam se retrouve isolé en 1990. L’Europe de l’Est représente 50% de ses exports. L’effondrement du bloc soviétique a un effet dévastateur sur l’économie, un peu comme à Cuba.

L’ouverture économique est la porte de sortie. L’intégration dans le commerce régional et international provoque une expansion économique impressionnante. le Vietnam est devenu le deuxième exportateur de café et de riz en plus des industries comme le textile. Mais le régime est toujours aussi rigide, aucune opposition politique n’est permise. Il y a encore des tensions avec la Chine notamment sur des questions maritimes qui a amené le régime à reprendre des relations avec les États-Unis.

Conclusion

Le Vietnam a une culture influencée par celle de la Chine en premier lieu par le système éducatif et donc la langue utilisée par les fonctionnaires et la classe dirigeante. Peu de gens partagaient une culture écrite et orale commune bien qu’il existait des traditions populaires comme le théâtre de poupées sur l’eau.

Ironiquement les français ont profondément changé cela. Ils ont promu le quốc ngữ, un alphabet latin dérivé du portugais créé par des missionnaires catholiques. Beaucoup plus facile d’accès que les dérivés du chinois, cela a engendré un florilège de littérature indigène mais aussi de journaux et autres publications. La population française n’a jamais été assez élevée (35 000 personnes dont quelques 1 500 corses!) pour laisser une trace durable.

Ce n’est pas un petit ouvrage mais en 500 pages on a vraiment un portrait complet sur ce pays de presque 100 millions d’habitant. On résume souvent le Vietnam à la guerre avec les USA et l’exil des années 80, le livre de Christopher Gosha est un bon antidote à ce raccourci et on en sort fasciné par la diversité de ce pays.

billet publié dans les rubriques readings le