Notes de lecture du livre How to Read a Book de Mortimer J. Adler et Charles Van Doren
C’est un peu ironique de lire un ouvrage sur la lecture quand on se considère déjà comme un bon lecteur. Quand je me qualifie de « bon lecteur », je ne me compare pas aux autres : c’est une activité que j’aime et je pense avoir développé une bonne aptitude pour celle-ci. Toutefois, j’ai l’impression d’en laisser un peu sur la table, que je pourrais mieux lire.
Le livre de Mortimer J. Adler et Charles Van Doren a été évoqué sur une chaîne YouTube, Closed Stacks, que j’ai commencé à suivre récemment et qui traite de ce sujet : quels sont les ressorts intérieurs du lecteur ?
C’est un très bon manuel pour qui veut lire de façon plus intentionnelle. On se rend compte qu’on oublie assez vite les livres qu’on a lus et qu’on a du mal à les résumer quand on nous demande de quoi ils parlent. L’autre grande difficulté est de verbaliser pourquoi on a aimé un ouvrage ou non.
Les auteurs s’attaquent à ces problèmes en proposant non pas un mais quatre niveaux de lecture. Je passe sous silence le premier, dit élémentaire, qui correspond à celui enseigné à l’école pour apprendre à lire les mots et les phrases.
Les trois autres niveaux relèvent de la lecture active. La lecture passive sert à s’informer : on sait déjà de quoi il est question, on accumule des faits, mais notre compréhension reste globalement la même. La lecture active, elle, part du principe qu’on ne comprend pas tout au moment où on lit et cherche à aller plus loin. Les auteurs utilisent l’analogie du lanceur (l’écrivain) et du receveur (le lecteur) au baseball. Ce dernier doit lui aussi comprendre ce que fait le lanceur : contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’a pas une activité passive.
Lecture d’inspection
Comme son nom l’indique, celle-ci est un survol du livre. On la pratique de deux façons, qui permettent de se faire une meilleure idée de ce qui nous attend.
Écumer (skimming)
On lit la préface, la conclusion et quelques pages. On étudie la table des matières pour repérer les chapitres et comprendre comment l’auteur a structuré son argumentaire. On peut aussi parcourir l’index pour voir quels mots reviennent souvent et mesurer l’étendue des notions abordées. Cet écumage donne une bonne idée du squelette de l’ouvrage.
Lire superficiellement
C’est une première lecture pendant laquelle on ne s’arrête pas pour chercher la définition d’un mot : on le note pour y revenir plus tard. On essaie de limiter les interruptions pour ne pas perdre le fil, même s’il reste des zones d’ombre.
Lecture analytique
La lecture d’inspection nous donne une idée générale de la thèse de l’auteur, mais, pour aller plus loin, il faut la faire suivre d’une lecture analytique.
Celle-ci se fait en trois étapes :
- Résumer en une phrase l’unité du livre, de quoi il retourne, et expliquer son organisation.
- S’accorder avec l’auteur sur les termes (« coming to terms with the author ») : reprendre les mots et phrases importants, reformuler sa thèse et relever ce qu’il a laissé de côté ou omis.
- Donner son avis sur cette thèse et expliquer si on la juge « vraie ».
Livres pratiques et littérature
Les livres pratiques
Les livres pratiques ne sont pas là pour régler un problème mais pour aider à le résoudre, car le résoudre suppose de passer à l’action, ce qui se fait en dehors de la lecture, après celle-ci. Les livres de cuisine en sont un bon exemple. Il existe deux types de livres pratiques : l’un présente des règles à suivre, l’autre explique les principes qui sous-tendent ces règles (souvent quand ils traitent d’économie ou de politique). Contrairement à un livre théorique, un livre pratique ne porte pas seulement sur des idées : il vise une fin pratique, qui sera atteinte ou non. On juge donc de sa qualité à sa capacité à atteindre son objectif : aider le lecteur à passer à l’action.
La littérature
Contrairement aux livres pratiques, les romans sont là pour satisfaire le lecteur et non pour lui apprendre quelque chose. Dans la première étape, on résume l’intrigue générale du livre.
Au lieu de chercher des arguments ou des mots importants, on s’attache à l’histoire, aux personnages et aux émotions que l’auteur a voulu transmettre à son lecteur. On peut essayer d’expliquer pourquoi tel ou tel personnage agit de telle manière, et relever les moments clés et les retournements de situation.
Il ne faut pas résister à l’histoire : on essaie de se mettre à la place des personnages, de comprendre leur point de vue.
On peut alors juger de l’effet du livre sur soi et évaluer plus objectivement sa qualité en explicitant notre réaction à l’expérience vécue lors de sa lecture.
Lecture syntopique (« syntopical reading »)
Ce niveau consiste à lire plusieurs livres sur un même sujet pour comparer et confronter différents points de vue. On établit d’abord une liste (généralement assez longue) des ouvrages qui abordent ce thème.
On en sélectionne ensuite un certain nombre après une lecture superficielle, comme décrit plus haut.
Puis, pour chaque livre retenu, on suit cinq étapes :
- Trouver les passages pertinents (car, souvent, le livre ne traite pas entièrement du sujet).
- Amener l’auteur à nos termes : on inverse la relation, car ici c’est l’auteur qu’on met à notre service ; on définit les termes et on cartographie les réponses des différents auteurs.
- Lister les questions (celles auxquelles on cherche, en tant que lecteur, à répondre sur le sujet) et voir si l’auteur y répond ou non.
- Définir les enjeux qui ressortent des différentes réponses, parfois contradictoires, trouvées dans les ouvrages.
- Analyser la discussion par une suite logique de questions et de réponses.
En conclusion, les auteurs rappellent que la plupart des livres (99 %) ne demandent pas d’effort particulier ; pour le 1 % restant, c’est autre chose.
Parmi ces derniers, certains sont épuisés une fois lus : quand on y revient, c’est pour retrouver une référence, sans rien apprendre de nouveau. D’autres, plus rares encore, nous apprennent toujours quelque chose quand on les relit, car nous avons nous-mêmes évolué et comprenons les choses différemment.