Notes de lecture du livre Terres maudites de Vicente Blasco Ibáñez
J’ai lu ce roman en préparation de mon voyage à Valence, en Espagne, cet automne. L’auteur, Vicente Blasco Ibáñez, est un écrivain et homme politique espagnol né en 1867 à Valence, la troisième ville du pays par le nombre d’habitants. Publié en 1898 sous le titre La barraca, le roman se déroule à la fin du XIXe siècle au sein de la société paysanne des environs de Valence, celle qui cultive les terres agricoles appelées la Huerta.
La Huerta est irriguée par sept canaux. Chaque fermier dispose d’un quota d’eau, et chaque canal est représenté par un juge au Tribunal des eaux, qui se réunit à Valence pour régler les litiges.
Le roman rappelle beaucoup l’univers de Zola. Il ne s’agit pas d’ouvriers, mais l’auteur, républicain et laïque, décrit des conditions de vie terribles. Le titre fait référence aux champs au cœur de la bataille entre une famille, dirigée par Batiste, qui les cultive, et les autres paysans du voisinage, qui essaient de l’en chasser. En effet, ces terres sont restées à l’abandon pendant dix ans à la suite d’une histoire sordide qui a mené à l’homicide involontaire du propriétaire terrien par le fermier-locataire. La famille de ce dernier se retrouve à la rue et les filles finissent comme prostituées à Valence.
Depuis ce drame, les paysans veillent à ce que personne ne loue ces terres, et les autres propriétaires, de peur de subir le même sort, relâchent un peu la pression sur leurs locataires. L’arrivée de la nouvelle famille menace cet équilibre vieux de dix ans.
Quand on commence la lecture de cet ouvrage de 200 pages, on sait déjà que cela va mal finir. On comprend vite que le malheur des personnages tient en partie à leur manque d’instruction : beaucoup croient aux malédictions, et les plus lucides savent que leur situation ne peut qu’empirer. Ils sont aussi tributaires des aléas de la vie : une mauvaise météo qui met en péril la récolte, un cheval qui meurt, une maladie, etc.
Je pense avoir lu assez de Zola pour toute une vie, et cette résignation généralisée est déprimante, mais le roman de Vicente Blasco Ibáñez éclaire bien le milieu de vie des personnages. On y trouve aussi quelques passages moqueurs, au second degré, sur certains personnages. En résumé, c’est une lecture sombre mais instructive.