Notes de lecture du livre Material World d’Ed Conway

On dit que le podcast a tué les livres non-fiction (documentaires), surtout ceux liés au développement personnel. Je peux comprendre qu’on éprouve moins l’envie de lire quand on a écouté une émission plus ou moins longue dédiée à un sujet. Je n’ai pas encore été touché par ce phénomène, j’écoute moins de podcasts qu’auparavant et je me contente de ceux qui parlent de sujets d’actualité. Mais il m’arrive de suivre leurs recommandations, comme avec cet ouvrage dont la lecture a été provoquée par l’écoute d’un épisode des Écorruptibles.

L’auteur, Ed Conway, y dissèque six minéraux : le sable, le sel, le fer, le cuivre, le pétrole et le lithium. Pour chacun, il explore ses origines, comment nous avons exploité cette ressource au fil du temps, son utilisation et bien sûr les limites et impacts.

C’est un bel ouvrage de synthèse, l’écriture est simple, on a une bonne densité d’informations. Bien que j’aie eu une petite idée de certaines des utilisations de chacun de ces minéraux, j’ai appris pas mal de choses. Notamment sur le sable et le sel qu’on voit un peu partout, mais dont j’avais oublié l’importance pour certains processus de fabrication. Par exemple, le sable est présent dans la composition du verre (dont celui très pur pour la fibre optique), du béton et du quartz qu’on retrouve dans les microprocesseurs.

Quant au sel, son impact sur le bien-être de l’humanité est encore plus incroyable pour une denrée qu’on rencontre presque tous les jours sans trop penser à ses usages hors culinaires. Le procédé de chlore-alkali permet d’extraire du sel les composants qui forment ensuite le chlore (qui a permis de traiter les eaux usées et de fournir une eau potable à grande échelle) et la soude qui permet de faire du savon, du papier, mais surtout est à la base du procédé de Haber-Bosh qui a permis de produire des engrais à un coût relativement bas, déclenchant ainsi une révolution alimentaire sans précédent.

Le journaliste anglais va bien au fond des choses, car il nous parle de l’envers du décor en visitant les sites d’extraction et de raffinage de ces minéraux. Et ce n’est pas toujours beau à voir : la pollution et les conséquences négatives sur l’environnement sont dures à digérer.

On le voit surtout avec le pétrole ; Ed Conway remet toutefois ces externalités en perspective. On l’oublie souvent, mais le pétrole a été, en son temps, une révolution énergétique majeure. Il est deux fois plus dense en énergie que le charbon, qui lui aussi a deux fois plus d’énergie que le bois. Il est également plus pratique, car moins lourd, et sa forme liquide a permis les moteurs à combustion interne. Et finalement, son extraction ne nécessitait pas de creuser des mines.

C’est tout l’enjeu de la transition entamée avec les énergies renouvelables qui sont loin d’être aussi denses (excepté le nucléaire) ; les processus industriels décrits dans le livre pour fabriquer le béton, l’acier, etc., requièrent une quantité d’énergie incroyable.

Mais savoir n’est pas synonyme de désespoir. On lève le voile sur les impacts négatifs de notre façon de construire, mais c’est aussi une occasion de se rappeler qu’on a réussi à relever des défis importants dans le passé pour assurer la sécurité alimentaire, se loger et vivre sans avoir peur des aléas de la nature. La question est de savoir si, avec une volonté assez forte, on peut le refaire, et ceci plus vite que la dégradation qu’on vit actuellement. Au final, ce livre est une bonne leçon, sans être moralisateur, et il nous met devant nos responsabilités.

Couverture du livre
Couverture du livre

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